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Les clefs du racisme

lundi 10 janvier 2005, par philzard

RACISME : "C’est la valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de la victime, afin de légitimer une agression ou un privilège". Albert Memmi, auteur de cette définition, en propose une version plus courte : "c’est l’utilisation profitable d’une différence" (Albert Memmi, Le Racisme, Folio Actuel).

- Combattre l’esclavage
- Ému du sort cruel réservé aux Indiens d’Amérique par les colons espagnols, l’évêque Bartolomé de Las Casas écrit en 1542 au roi d’Espagne : "En quarante ans, par suite de la tyrannie et des actions infernales des Chrétiens, 12 à 15 millions d’âmes, femmes hommes et enfants sont morts." Sa proposition ? Remplacer les Indiens par des esclaves africains. 12 à 15 millions de Noirs sont arrachés à l’Afrique durant les siècles qui précèdent l’abolition de l’esclavage. Le plus durable des crimes perpétré contre l’humanité n’est pas, à l’époque, perçu comme tel : les Noirs sont considérés comme des êtres inférieurs... Le besoin de justifier, par des considérations biologiques, le traitement inhumain réservé aux indigènes puis aux esclaves naît avec la colonisation. Traitement inhumain pour "personnes inhumaines", le racisme* contemporain est né. Quant à la notion même d’humanité, elle est encore en germe. En France, ce n’est qu’au XVIIIe siècle avec les philosophes des Lumières qu’est posée la question du respect de l’individu. Rousseau, Montesquieu, Voltaire et Diderot condamnent L’esclavage. Révolution de 1789, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits"... en métropole : Les colonies ne sont pas tenues d’appliquer la nouvelle Constitution. À Saint-Domingue, l’esclave affranchi Toussaint Louverture conduit une insurrection, qui suscite le vote en 1794 d’un décret abolissant l’esclavage. Une mesure sans lendemain : dès 1802, Bonaparte le rétablit, et Toussaint Louverture meurt en prison... Les abolitionnistes ne lâchent pas prise, mais obtiennent encore peu de succès. Les grandes puissances s’engagent en 1815 à supprimer la traite, mais restent floues sur les délais. En 1838, l’Angleterre émancipe tous les esclaves de la Couronne. En France, le démocrate Victor Schcelcher prend la tète du mouvement abolitionniste. L’essor industriel sert sa cause. Les usines ont besoin de salariés, pas d’esclaves, et les économistes sont formels : un salarié coûte moins cher qu’un esclave. Ce qui en dit long sur les conditions de vie des salariés au XIXe siècle... Le développement de la betterave sucrière, qui diminue l’intérêt de la canne à sucre, et des esclaves qui la récoltent aux colonies, accélère le mouvement. Les conditions sont réunies pour supprimer l’esclavage. L’avènement de la IIe République va créer les conditions politiques. Devenu sous-secrétaire d’État aux colonies, Victor Schcelcher signe le 27 avril 1848 le décret d’abolition. C’était il y a 150 ans. L’esclavage a-t-il vraiment disparu ? Non. Les conditions de "travail forcé", proches de l’esclavage, que subissent des millions de personnes, notamment les enfants, à travers le monde sont régulièrement dénoncées. C’est le cas des 50 millions d’enfants qui, aujourd’hui, selon le Bureau international du Travail, sont exploités "dans des conditions incompatibles avec leur développement normal" ? Alors qu’il existe une convention internationale du droit des enfants ratifiée par 187 pays sur 193.

- Martin Luther King, le rêve assassiné
- 1er décembre 1955, à Montgomery, bourgade de l’Alabama, aux États-Unis. Une passagère noire monte dans un autobus et s’assied à l’avant, partie habituellement réservée aux Blancs. Les Noirs viennent d’entamer la lutte pour l’égalité des droits civiques. Le pasteur noir Martin Luther King devient un des leaders du mouvement. En 1963, dans un discours resté célèbre débutant par "I have a dream..." ("Je fais un rêve..."), il expose son rêve de voir naître un monde de liberté et de justice pour tous. Le prix Nobel de la paix couronne ses efforts. Pour Martin Martin Luther King, le problème des Noirs est au-delà du scandale de la ségrégation* raciale, un problème social. Alors que des émeutes éclatent, il prépare une grande marche des pauvres sur Washington. Mais le 4 avril 1968, un tueur blanc assassine l’homme au rêve de paix et de justice. Aujourd’hui, Noirs et Blancs sont égaux... du moins dans les textes. Et dans les faits ? 55 % des Noirs vivent dans les quartiers pauvres. Ils ont en moyenne un revenu inférieur pour moitié à celui des Blancs et sont trois fois plus frappés par le chômage. Ils représentent 12 % de la population américaine, mais sur l’ensemble des mandats électifs, seuls 2% sont détenus par des Noirs.

- Le racisme, interdit par la loi
- Tenir des propos racistes est un délit. La loi du 1er juillet 1972 interdit toute "provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, en raison de leur origine, de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une race ou une religion déterminée". En clair, si vous estimez avoir été victime de propos racistes, vous pouvez porter plainte et obtenir réparation. Ce droit est ouvert aux individus, mais aux associations antiracistes qui ont le droit de se porter partie civile. Le code pénal réprime aussi les refus de vente, d’embauché ou d’accorder un droit, dans le cas d’une autorité publique, lorsque ces motifs se fondent sur des motifs raciaux.

- Des faits et des gestes
- Chaque année, la Commission consultative des droits de l’homme publie un rapport sur l’état du racisme et de la xénophobie* en France. Elle cite ses sources : les services de police, chargés de recenser les actes racistes commis. À noter que les faits et chiffres présentés ne reflètent qu’une partie de la réalité : toutes les victimes ne déposent pas plainte, et il n’y a pas toujours de témoins... Tour d’horizon :
- Un homme marche dans la rue. Deux ou trois autres surgissent, le rouent de coups ou lâchent leur chien. Scénario banal des violences racistes avec homicide ou blessures. Par | rapport à la flambée de 1995, | leur volume diminue. 4 blessés "seulement" en 1996, mais un total de 10 morts et de 162 blessés depuis 1990... Point commun à toutes ces actions : leurs auteurs proviennent presque toujours des milieux d’extrême droite, et s’équipent d’une nouvelle arme : le chien pitbull...
- Dans 3 cas sur 4, la violence raciste vise de plus en plus les Maghrébins, notamment en Corse, où 21 actes ont été recensés en 1996 : agressions, tentatives de meurtre, destruction de véhicule, attentat à l’explosif...
- 195 actes d’intimidation ont été recensés en 1996. Cela va du tract insultant au molestage d’un contrôleur du travail, à qui l’employeur contrôlé reproche ses origines africaines, en passant par l’obligation, faite sous la menace d’un couteau à un Sénégalais, de sauter dans une fosse de décantation. Depuis 1991, plus de 1 200 de ces actes "qui blessent sans laisser de blessures" ont été recensés.
- Colis piégés adressés à des membres de la communauté juive, cocktails molotov lancés sur des synagogues : la violence antisémite* régresse mais porte, sur six années, à 74 le nombre des violences commises. Les menaces ont augmenté en 1995 et 1996, avec près de 90 faits recensés par an.
- Le réseau mondial informatique Internet offre une nouvelle tribune à la propagande raciste pour ceux qui nient l’existence des chambres à gaz dans les camps nazis. Mais les fournisseurs d’accès à Internet mis en cause dégagent toute responsabilité, arguant du caractère international du réseau... Autre forme de racisme : les injures et violences verbales que lancent trop souvent de nombreuses personnes dans leur langage quotidien.
- Pour les auteurs du rapport, si la violence raciste diminue, la haine des étrangers augmente. Une impression nourrie par les résultats d’un sondage qui montre que "la France est travaillée par un courant xénophobe qui s’exprime de plus en plus ouvertement (...) Par exemple, certaines municipalités refusent d’inscrire des enfants étrangers dans leurs écoles, bien que cela soit illégal.

- Nier l’Histoire
- Shoah est un nom hébreu qui veut dire catastrophe. Il y a moins de soixante ans, au nom d’une prétendue supériorité raciale de la "race aryenne", le régime nazi au pouvoir en Allemagne entreprit l’extermination des peuples considérés comme "inférieurs", et notamment les Juifs. Hommes, femmes, enfants, vieillards, la haine antisémite nazie ne connut pas de limites, et des millions de Juifs furent tués dans des chambres à gaz ou condamnés à une mort lente dans les camps de concentration. Cette barbarie donna naissance, après la guerre, à la notion de "crime contre l’humanité", qui est en France, imprescriptible. C’est-à-dire que quelle que soit ta date du crime, une personne soupçonnée peut toujours être poursuivie devant les tribunaux. C’est le cas actuellement pour Maurice Papon devant la cour d’assises de Bordeaux, pour "complicité de crime contre l’humanité". Par ailleurs, certains mouvements, souvent proches de l’extrême droite, nient ou remettent en cause l’existence des camps d’extermination durant cette période, qui constitue pourtant une réalité historique. On les appelle "révisionnistes" ou "négationnistes".

- Pas de fondement scientifique à la notion de race
- Les théories racistes jouent sur un malentendu en prétendant que les différences visibles entre les différents groupes humains correspondent à une différence de "nature", c’est-à-dire biologique. Or, diverses études scientifiques prouvent que tous les êtres humains ont les mêmes ancêtres, et le même système génétique*. C’est ce qui permet d’ailleurs de pratiquer des transfusions sanguines entre individus du même groupe... sanguin, quelle que soit la couleur de leur peau !
- Tous les êtres humains ne se ressemblent pas. Qu’elles soient physiques ou culturelles, les différences existent, et cette diversité fait la richesse de l’humanité. Les théories racistes jouent sur un malentendu, faisant de ces différences un critère scientifique de classification raciale. Dans le même esprit, certains s’efforcent de trouver le gène de l’agressivité ou de l’intelligence... Mais de nombreux travaux, comme ceux du Dr Henri Laborit, ont montré que ce ne sont pas les gènes qui déterminent la personnalité d’un individu, mais ce qu’il a vécu, ressenti, appris depuis sa naissance.

P.-S.

D’après les Clefs de l’actualité mars 1998

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