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Mention spéciale de la rédaction

Portrait d’un intellectuel militant : Louis-Georges TIN

L’homme de notre année 2005 !

mercredi 7 septembre 2005, par philzard

Il est devenu en quelques années le personnage incontournable de la lutte contre l’homophobie en France, militant de la première heure, il a multiplié ses actions militantes et ses ouvrages de réflexion. Le dictionnaire de l’Homophobie qu’il a dirigé est devenu LA Bible sur la thématique, il contribué au développement d’une réflexion pionnière en France : le concept d’hétérosexisme et d’homophobie. Il a lancé la Journée mondiale contre l’Homophobie. Son nom : Louis-Georges TIN. Voici sa biographie qu’il a bien voulue esquisser pour HomoEdu.com

Né en 1974, ayant grandi en Martinique, Louis-Georges Tin fait deux années de classes préparatoires au lycée Henri IV et intègre l’Ecole normale supérieure à l’âge de dix-neuf ans. En 1996, il est reçu 4e à l’agrégation de lettres et, après un passage à la Fondation Thiers, soutient en 2003 une thèse sur « Tragédie et Politique en France au XVIe siècle », à paraître aux éditions Droz. Il obtient la mention très honorable avec les félicitations du jury à l’unanimité. Il publie de nombreux et articles sur la littérature française, Rabelais, Molière, Giraudoux entre autres. Il vient de faire paraître chez Gallimard une Anthologie de la poésie du XVIe siècle avec Jean Céard, et est désormais maître de conférences à l’université d’Orléans.

Parallèlement à ses études et recherches littéraires, Louis-Georges Tin s’engage activement dans les études gaies et lesbiennes et dans le militantisme LGBT : -en 1997, il fonde Homonormalités, association gaie et lesbienne de Normale Sup, où il reçoit de nombreux conférenciers dont Eric Fassin, Monseigneur Gaillot, Jan-Paul Pouliquen, etc. -en 1999, il organise un des premiers colloques d’études gaies et lesbiennes en France : « Homosexualités : expression / répression », dont les actes sont publiés l’année suivante aux éditions Stock. -en 2003, il publie le Dictionnaire de l’homophobie aux Presses Universitaires de France, ouvrage sans précédent, unanimement salué, qui contribua grandement à la légitimité sociale et intellectuelle de la lutte contre l’homophobie en France. -en 2005, il fonde la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, célébrée le 17 mai dans plus de 40 pays à travers le monde. Cette initiative lui vaut d’être couronné par le Golden Tupilak Award, prix international décerné à Stockholm, distinguant chaque année une personnalité LGBT dans le monde.

L’engagement de Louis-Georges Tin se signale par la convergence de ses recherches savantes et de ses actions militantes. A bien des égards, ses positions constituent une rupture par rapport aux travaux de Michel Foucault. Tandis que dans l’Histoire de la sexualité, Foucault semblait relativiser l’idée même de répression sexuelle en valorisant plutôt la production de discours sur la sexualité, Louis-Georges Tin met au contraire l’accent sur la notion de répression (comme l’indique le titre de son premier ouvrage dans ce domaine, Homosexualités : expression / répression), et il construit sa réflexion autour de l’homophobie, dont il déconstruit les discours et les usages, articulant ainsi réflexion théorique et action politique.

En ce sens, le Dictionnaire de l’homophobie, ouvrage collectif rassemblant 75 chercheurs de 15 pays différents, constitue une étape majeure de son parcours. Les entrées portent sur les théories mises en avant pour justifier l’homophobie (théologie, médecine, psychanalyse, anthropologie, etc.), sur les personnages célèbres, homophobes notoires ou victimes d’homophobie (Himmler, Jean-Paul II ; Oscar Wilde, Radclyffe Hall), sur les thèmes ordinaires de la rhétorique homophobe (débauche, stérilité, prosélytisme, sida), sur les institutions jouant un rôle spécifique dans les pratiques homophobes (famille, école, sport, police, etc.), sur les pays et régions du monde (France, Japon, Afrique de l’Ouest, Amérique latine, etc.). Publié aux Presses Universitaires de France, ayant fait la une du Monde des Livres, l’ouvrage donne alors à la lutte contre l’homophobie ses lettres de noblesse dans le champ intellectuel.

Prolongeant ses réflexions dans le domaine de la praxis, Louis-Georges Tin lance alors la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, dont la première édition est célébrée le 17 mai 2005, soit 15 ans jour pour jour après la décision de l’OMS de supprimer l’homosexualité de la liste des maladies mentales. L’initiative est soutenue par l’International Lesbian and Gay Association, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme, l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission, la Coalition of African Lesbians, par plusieurs groupes politiques du Parlement européen (socialistes, verts, libéraux-démocrates) et par des centaines d’associations à travers le monde. La première édition constitue un véritable succès, en France comme ailleurs, et la Journée mondiale est officiellement reconnue par le Parlement belge lors d’un vote solennel le 17 mai 2005.

Tout en continuant à diriger le comité IDAHO (International Day Against HOmophobia), qui coordonne la Journée dans le monde entier, Louis-Georges Tin poursuit sa réflexion théorique dans le domaine de l’histoire de la sexualité. Continuant son dialogue critique avec Michel Foucault, il entend désormais retracer l’histoire de l’hétérosexualité. En effet, si la nature humaine est évidemment hétérosexuée, ce qui permet la reproduction de l’espèce, les cultures humaines ne sont pas nécessairement hétérosexuelles, c’est-à-dire qu’elle n’accordent pas nécessairement de primauté symbolique au couple homme-femme et à l’amour dans les représentations littéraires et artistiques, comme le prouve l’examen des sociétés anciennes ou « archaïques ». Dès lors, il convient de se demander à partir de quand, comment et pourquoi notre culture a commencé à célébrer le couple hétérosexuel dans les productions littéraires et artistiques. Louis-Georges Tin entend donc interroger l’hétérosexualité, la faire sortir de « l’ordre de la Nature », pour mieux la faire rentrer dans « l’ordre de la culture », « l’ordre du temps », c’est-à-dire dans l’Histoire. Mais il s’agit là de projets qu’il espère mener à bien dans les années à venir, si la Journée mondiale lui en laisse le loisir...

Dans l’ensemble, la contribution principale de Louis-Georges Tin réside dans l’accent mis sur l’homophobie. Il a cherché à mettre cette question au cœur des préoccupations des associations LGBT, car le problème n’est pas l’homosexualité, mais l’homophobie. De fait, aujourd’hui, il n’est pas une association LGBT en France qui ne place parmi ses principes fondamentaux la lutte contre l’homophobie. Cela peut paraître naturel ; le fait n’en est pas moins nouveau. Ce mot qui n’existait pas dans le dictionnaire il y a seulement dix ans, est désormais central dans le discours homosexuel, et il a acquis droit de cité dans le discours public en général. Cette évolution significative manifeste un tournant dans l’histoire sociale des homosexuels, hommes et femmes, ce concept décisif permettant de renverser le rapport de force qui jusqu’alors définissait les hiérarchies de l’Ordre symbolique. Désormais, ce n’est plus l’homosexualité qui est remise en cause, mais l’homophobie, renversement politique majeur dont nous n’avons pas fini de mesurer toutes les conséquences. A travers ses publications et ses actions, à travers la Journée mondiale notamment, Louis-Georges Tin a contribué et contribue encore à cette révolution de l’ordre socio-sexuel.

Septembre 2005

P.-S.

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