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Contre l’homophobie à l’école

lundi 10 janvier 2005, par philzard

Contre l’homophobie à l’école, un cortège du Snes défilera dans la Marche.

Par Marie-Anne SORBA Libération du 29 juin 2002

samedi 29 juin 2002

- « L’homosexualité reste un sujet tabou sur lequel l’école ne doit plus se taire. » Françoise Dumont, du Snes

- « Il y a des gouines à la cantine ! », clamaient hier soir les étudiants de « Moules-Frites », fédération d’associations de jeunes gays et lesbiennes, devant le ministère de l’Education nationale, à la veille de la « Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans ». Un préambule au mot d’ordre du Snes (Syndicat national des enseignements du second degré) ce samedi : « Construire une école sans homophobie. » Pour la première fois, le syndicat majoritaire du secondaire envoie « un vrai cortège » à l’ex-Gay Pride. Professeurs, conseillers d’orientation ou surveillants réunis en « groupe de lutte contre toutes les formes d’homophobie », ils défileront dans le secteur droits et libertés de la manifestation. « Nous n’avons rien d’une coterie homosexuelle du Snes, indique Philippe Castel, le coordinateur du groupe qui fête aujourd’hui son premier mois d’existence officielle. Il s’agit de lutter contre l’homophobie dont peuvent être victimes le personnel de l’Education nationale et les élèves. »

- Insulte. Avec cette initiative, l’Education nationale rejoint la petite dizaine de professions dans laquelle se sont créés des groupements ou associations homosexuels : employés d’EDF-GDF (« Energay »), d’Air France (« Personne’Ailes ») ou même policiers (« Flag »). Mais à l’école, le contexte est peut-être plus délicat que partout ailleurs. Pour les personnels comme pour les élèves. Françoise Dumont, secrétaire générale du Snes, relève que « l’homosexualité reste un sujet tabou sur lequel l’école ne doit plus se taire. Il faut tout faire pour que des jeunes en difficulté vis-à-vis de leur sexualité ne se sentent plus mal dans leur peau. » Le taux de suicide, deuxième cause de mortalité chez les 12-25 ans, est cinq à six fois supérieur chez les jeunes homosexuels que chez les hétéros. D’autant plus que dans les cours de récréation, l’insulte homophobe est reine. Jean-Louis Touton est conseiller principal d’éducation au lycée Denis-Diderot à Marseille : « J’ai quelques élèves homosexuels et, dans cette ville, ce n’est pas évident pour eux. » Ce CPE sait de quoi il parle : l’un des professeurs de seconde l’avait fustigé en conseil de classe après l’avoir aperçu main dans la main dans la rue avec un garçon.

- Car, côté enseignants, la discrétion reste la règle. « Je n’en parle pas avec mes collègues en salle des profs, explique un jeune professeur de lettres de banlieue parisienne. Je crains des a priori négatifs de leur part. Comme l’Education nationale nous demande de ne faire ni prosélytisme, ni déballage de notre vie privée, je m’en tiens à cela. » Bruno, 36 ans, est instituteur à Marseille : « Ma vie personnelle reste en dehors de l’école, même si je sais qu’à force de dire que je n’ai pas de copine, mes collègues finiront par se douter de quelque chose. Je redoute le jour où je serai obligé de le dire clairement à l’école. »

- La principale raison de leur silence, c’est le risque d’amalgame dans l’esprit des parents entre homosexualité et pédophilie. Le climat des dernières années ne facilite rien. Les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) sont les premiers à mettre les futurs profs en garde contre toute attitude qui pourrait prêter à confusion. Mieux vaut se taire, surtout dans les petites classes. A l’université, les choses semblent plus simples, même si le Centre national des universités, chargé de la validation des thèses, met des bâtons administratifs dans les roues des étudiants travaillant sur un sujet touchant à l’homosexualité.

- Discrimination. « L’école, c’est comme un moule à gaufre : c’est là que les personnalités et les préjugés se forment », explique Philippe Clauzard, spécialiste en sciences de l’éducation, auteur d’un ouvrage sur le sujet (1). « On dote les élèves d’un bagage contre le racisme. Pourquoi pas contre l’homophobie, qui est discriminatoire au même titre ? » « L’école n’a jamais été neutre en matière de sexualité, contrairement à ce que laisse entendre le discours laïque, explique de son côté Louis-George Tin, enseignant-chercheur à la fondation Thiers. L’un des arguments avancés au départ pour justifier la mixité, c’était justement la phobie de la promiscuité entre garçons. Rien à voir avec le désir d’intégrer les filles ! ».

- (1) Philippe Clauzard, Conversations sur l’homo (phobie). L’éducation comme rempart contre l’exclusion, L’Harmattan, 2002 Post-Scriptum

P.-S.

(c) EduRespect, 2005

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