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Filles et garçons à l’école maternelle, étude de Leila Acherar

jeudi 1er février 2007, par philzard

- La permanence de rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes incite à chercher, afin de les cerner, les structures et les pratiques qui les engendrent et les maintiennent. Il s’agit de les cerner afin de pouvoir agir dans la perspective de les transformer. Or, si la production différentielle et inégalitaire des identités sexuelles n’est pas une donnée naturelle mais au contraire une construction sociale et culturelle, elle met en jeu la totalité des pratiques et des structures sociales. En premier lieu celles dans lesquelles ces identités se forment originellement : l’éducation et l’enseignement au niveau des pratiques, la famille et l’école au niveau des structures. Nous avons choisi dans le cadre de cette étude de nous intéresser à l’école et en particulier à la première des écoles : l’école que l’on appelle, malgré les réformes du cycle élémentaire, « maternelle ».

- L’école publique, institution républicaine d’instruction se donne pour double projet la promotion sociale et l’émancipation intellectuelle des élèves. L’une de ses missions consiste à assurer l’intégration des jeunes générations aux normes dominantes. L’instauration d’une politique publique d’égalité dans l’éducation au moyen de la Convention interministérielle sur l’égalité des chances entre les filles et les garçons contribue dès février 2000 à préciser les normes en vigueur. Les finalités officielles et les textes réglementaires de l’éducation nationale prévoient la prise en compte de l’égalité entre les sexes par les divers enseignements. Mais quels effets ces incitations ont-elles eu sur l’institution en général et les enseignants en particulier ? Quelle place occupe au sein du dispositif scolaire au regard des finalités affichées, l’égalité entre les hommes et les femmes, les filles et les garçons ? Dans quelle mesure les schémas de genre persistent-ils encore tant au travers des représentations des enseignantes que des contenus propres de l’activité scolaire ? Ces questions sont au coeur de notre travail. Il nous fallait pour y répondre comprendre ce que font les enfants dans l’école, comment ils occupent l’espace scolaire ainsi que le rôle des enseignants et des personnels de l’école dans la construction de l’égalité des chances entre les filles et les garçons.

- Nous sommes parties de l’hypothèse que si le sexe de l’enfant influençait probablement sa manière d’entrer dans « l’ordre scolaire » (nature des prises de parole, des jeux, des attitudes face à la violence, des comportements face à l’autre…), la manière dont les enseignantes appréhendent ce sexe n’est pas sans effet sur à la fois la socialisation future de l’enfant et l’égalité d’accès à tous les savoirs et compétences. Ce travail de socialisation et de construction des identités de sexe s’effectue dès le plus jeune âge de l’enfant. Mais quelles normes de genre leur sont-ils prescrits ? Par quelles médiations l’école joue-t-elle un rôle dans la production de différences ? Nous nous sommes attachées, moins aux attentes des enfants vis à vis de leurs compagnes ou compagnons de classe, qu’aux interactions entre les élèves et l’enseignant.

- Ces observations strictement limitées de part la commande à la nature des interactions enseignants-enseignés ont pu occulter les autres dimensions qui auraient pu être interrogées :
- les enfants, leurs rapports aux autres et à la scolarité ;
- les enseignants, leurs représentations de l’activité pédagogique ;
- les parents et leurs systèmes de valeurs. Nous avons donc privilégié l’observation des enfants lors des moments d’échanges avec le professeur d’école, pendant les phases de travail et de jeu à l’intérieur de la classe et dans la cour de récréation. De même nous avons privilégié l’observation directe de la classe à tout autre méthode (interviews des enfants, recension des opinions et discours tenus par les élèves par rapport aux compétences, rôles et fonctions attribués à chacun des deux sexes ; repérage des représentations qu’ils se font à la fois d’eux mêmes et du rôle des hommes et des femmes dans la société…) Par ailleurs, il ne s’agissait pas de comparer ces observations à la « réussite scolaire des enfants » ni même à leur origine sociale et culturelle, mais de mettre à jour les modalités habituelles du travail pédagogique propre aux classes de maternelle, la façon dont il prend en compte la variable « sexe » ainsi que ses effets (potentiels) sur l’égalité entre les filles et les garçons.

P.-S.

Etude de Leila Acherar, Délégation régionale aux droits des femmes et à l’égalité, Académie de Montpellier, juin 2003

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