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La société inclusive : de quoi parle-t-on ?

Focus sur la société inclusive

Extrait d’un article de Charles Gardou

lundi 30 octobre 2017, par philzard

- Lorsqu’un concept paraît et se diffuse, il est, nous le savons, naturellement sujet à débat. Ni sa signification ni sa valeur ne sont gravées dans le marbre. Il en est donc ainsi de celui de société inclusive, aux multiples déclinaisons : on parle d’éducation, d’école, et de lieux professionnels inclusifs ; on souhaite des pratiques culturelles, artistiques, sportives ou touristiques inclusives ; on désire des politiques, des législations, des structures et des dispositifs inclusifs ; on aspire à un environnement inclusif ; on espère un développement inclusif et, plus globalement, une culture inclusive.
- Cela étant, la rapide et ample diffusion de ce concept, avec son cortège de dérivés, le fait suspecter de n’être qu’un écran de fumée rhétorique. Un lieu commun abusivement mis en avant. Une nouvelle musique d’ambiance, une danse avec des mots, venus artificiellement se substituer à leurs ancêtres forgés autour de la notion d’intégration. « Une absurdité montée sur des échasses », aurait peut-être dit Jeremy Bentham, fondateur de l’utilitarisme moral1. Que faut-il en penser ?
- Est-il, au contraire, annonciateur d’une évolution de nos valeurs et de nos pratiques ? Constitue-t-il un changement de paradigme situant à un niveau supérieur nos conceptions de la vie commune ? Représente-t-il une optique susceptible de nourrir une vision renouvelée de notre patrimoine humain et social, dont les plus vulnérables demeurent souvent privés ? Reflète-t-il une autre manière de considérer cette expression de la fragilité humaine qu’est le handicap ?
- Faute d’ausculter ses contours, ses plis et replis, l’on risque de passer à côté de son sens profond. Plus : de le dénaturer. Il importe donc d’interroger les différentes couches de significations de ce concept feuilleté, né dans un contexte paradoxal.
- Des progrès sans précédent, dans le domaine scientifique et technique, de la connaissance de la vie et de l’univers, ont en effet changé le visage du monde. Ils ont transformé, du moins en certains lieux de la planète, les modes de vie de ses habitants. Cependant, les inégalités s’accentuent, ici comme là-bas. Dans nos sociétés industrielles, l’homo œconomicus fait régner la loi d’airain du marché et de la compétition sans merci. Et, en dépit d’un apparent consensus contre l’exclusion, il y a stagnation. A l’encontre même de l’espoir séculaire de réduction des écarts, des îlots de commodités côtoient des océans d’empêchements. Cette dissymétrie, ou plutôt cette coupure, est l’un des faits les plus préoccupants de notre temps contradictoire.

- Dans un tel paysage, sur quels fondements une société inclusive peut-elle se bâtir ? En référence à quels principes et exigences renvoyant, pour une part, aux universaux de notre condition humaine et, pour une autre, aux biens communs à répartir avec équité ?

P.-S.

Charles Gardou est Anthropologue, professeur à l’Université Lumière Lyon 2, auteur de 16 ouvrages, parmi lesquels : La société inclusive, parlons-en ! Il n’y a pas de vie minuscule [2012] ; Fragments sur le handicap et la vulnérabilité. Pour une révolution de la pensée et de l’action [éd. 2013] ; Pascal, Frida Kahlo et les autres... Ou quand la vulnérabilité devient force [2009] ; Le handicap au risque des cultures. Variations anthropologiques [2011] ; Le handicap par ceux qui le vivent [2009]

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