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L’apartheid, de la ségrégation "raciale"

vendredi 10 janvier 2020, par philzard

Le concept de l’apartheid s’articule autour de la division politique, sociale, économique et géographique du territoire sud-africain et de sa population. Ce fut une scandaleuse atteinte aux droits élémentaires et fondamentaux des personnes humaines, fondée sur des argumentaires pernicieux, des lois rigides et une répression violente de toutes oppositions. Le Musée de l’apartheid, situé à Johannesburg, témoigne de ce scandale. Il est uniquement consacré à l’apartheid. C’est un complexe muséal consacré à l’histoire de l’apartheid, depuis ses débuts en 1948 jusqu’à son abolition en 1994, en passant par son développement. Le contexte, tant historique que politique, de l’apartheid y est expliqué, tout comme le quotidien de la ségrégation raciale. En plus des expositions, le complexe offre un centre de documentation riche en textes, photographies, affiches et films.

Le terme d’apartheid vient d’un mot afrikaans, signifiant « séparation, mise à part » On peut le définir comme une politique dite de « développement séparé » (afsonderlike ontwikkeling) qui affecte les populations selon des critères raciaux ou ethniques dans des zones géographiques déterminées. La politique d’apartheid se voulait l’aboutissement institutionnel d’une pratique jusque-là empirique de ségrégation raciale (Pass-laws, baasskap et colour bar), élaborée en Afrique du Sud depuis la fondation par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales de la colonie du Cap en 1652. Avec l’apartheid, les individus était définis avant tout par leur appartenance ethnique : le rattachement territorial et le statut social dépendaient du statut racial de l’individu, du classement dans lequel le pouvoir politique l’assignait, selon ses propres critères.

Cette politique d’apartheid fut dictée par l’anxiété historique des Afrikaners obsédés par leur survie, leur peur d’être engloutis par la masse des peuples noirs avoisinants. Sur une même aire géographique, deux mondes se côtoyaient : une forme sociale « sur-développée » de modèle occidental, et une forme de société de « subsistance », au modèles économiques et culturels différents.

C’est en 1960, après le massacre de Sharpeville et dans le contexte international de la décolonisation, que les critiques internationales contre l’apartheid commencent à prendre de l’ampleur. L’Afrique du sud se verra exclue de l’Organisation mondiale de la santé, du bureau international du travail puis du comité international olympique. Toutefois, ce n’est qu’après les émeutes de Soweto en 1976 que des sanctions internationales contraignantes (comme l’embargo sur les ventes d’armes) sont imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies contre l’Afrique du Sud. Les réformes entamées sous les gouvernements de Pieter Botha (autorisation de syndicats non blancs puis mixtes, abolition des emplois réservés, nouvelle constitution ré-instaurant de droits politiques aux indiens et aux métis, abolition de la loi sur les laissez-passer et de celle interdisant les mariages mixtes, ouverture des lieux publics à toutes les communautés) ne suffisent pas à enrayer la multiplication des sanctions internationales bilatérales tandis que les townships deviennent ingouvernables.

À la suite de l’arrivée au pouvoir en août 1989 du président Frederik de Klerk et à la libération, après 27 années d’emprisonnement, le 11 février 1990, de Nelson Mandela, chef de file de la lutte contre l’apartheid, que les dernières lois piliers de l’apartheid sont abolies en juin 1991 (notamment le group Areas Act et le Population Registration Act). Il est mis fin à la ségrégation territoriale et institutionnelle. En 1994, ont lieu les premières élections démocratiques qui désignent Nelson Mandela comme premier président noir d’Afrique du Sud. Pour avoir pacifiquement mis fin à la politique d’apartheid et mené le pays sur une voie démocratique et pacifique, Nelson Mandela et Frederik de Klerk reçoivent conjointement le Prix Nobel de la paix en 1993. (D’après Wikipédia).

Le concept de l’apartheid s’articule autour de la division politique, sociale, économique et géographique du territoire sud-africain et de sa population répartie en quatre groupes raciaux hiérarchiquement distincts :

- Les Blancs : ce sont principalement les descendants d’immigrants européens arrivés dans le pays à partir de 1652 parmi lesquels on distingue, d’une part, les Afrikaners (60 % de ce groupe racial), principalement de souche néerlandaise, mais aussi française, allemande ou scandinave, de locution afrikaans ; et d’autre part, les anglophones (40 %), principalement d’origine britannique. Ils représentent un peu plus de 21 % de la population sud-africaine au moment de la mise en place de l’apartheid.
- Les Indiens : ce sont les descendants des coolies recrutés dans les régions de Madras et de Calcutta à partir de 1860 engagés dans les plantations de canne à sucre du Natal. Ils représentent un peu moins de 3 % de la population en 1950.
- Les Coloured, ou métis : ce sont des populations issues principalement de mélanges interraciaux entre Européens, Hottentots, Indonésiens, Indiens, Malgaches, Mozambicains ou Mauriciens. On distingue notamment, d’une part les métis du Cap issus de relations entre des Blancs et des Hottentots aux XVIe et XVIIe siècles, et les Malais du Cap nés d’un mélange entre des Indonésiens, des Blancs et des Hottentots. les Coloured représentent 9 % de la population sud-africaine en 1950.
- Les Noirs, ou Bantous : ils représentent près de 67 % de la population sud-africaine au moment de la mise en place de l’apartheid mais sont les moins urbanisés des 4 groupes raciaux (80 % vivent alors en zone rurale). Ils se répartissent entre une dizaine d’ethnies dont les plus importantes sont les Xhosas et les Zoulous.

L’apartheid se distingue également en deux catégories. La première, le petit apartheid ou apartheid mesquin qui protège l’intimité des Blancs dans leur vie quotidienne en limitant leur rapport avec les non-blancs, et la deuxième, le grand apartheid concernant la division spatiale du pays imposant des zones de résidence géographiquement séparées et racialement déterminées. Ce grand apartheid a été accompagné de mesures de déplacements et de regroupement des populations noires dans des foyers nationaux appelés bantoustans.

L’apartheid est le produit de l’Histoire, des mythes et des singularités de l’Afrique du Sud. Cette singularité est marquée par le fait que d’anciens immigrants européens ont pris souche dans cette partie de l’Afrique dès le XVIIe siècle, ont récusé très tôt leurs racines européennes (néerlandaises, allemandes et françaises) et ont revendiqué leur africanité. Leur expression s’est effectuée notamment par opposition à la métropole coloniale néerlandaise mais aussi par rapport aux colons britanniques arrivés au XIXe siècle et attachés à leur mère patrie. Elle aboutit finalement à un nationalisme afrikaner exacerbé par la religion, la souffrance et la guerre contre l’impérialisme britannique et dont la politique d’apartheid ne sera que l’une des manifestations les plus notoires. (…) Son idéologie a de multiples racines, à la fois dans la théologie et dans les justifications de la colonisation. C’est par l’interprétation propre aux Boers de la doctrine calviniste de la prédestination, puisque selon eux, Dieu a créé des élites pour diriger le monde et des « non-élus » pour obéir aux premiers, que les concepts ségrégationnistes ont d’abord été avalisés par les prédicateurs de l’église réformée hollandaise6. Les Boers, isolés dans le veld, s’étaient ainsi facilement identifiés au « peuple élu » et bon nombre d’entre eux ont cru jusqu’à la fin des années d’apartheid, que Dieu leur avait donné l’Afrique du Sud comme il avait donné le pays de Canaan aux Hébreux, les Noirs étant assimilés aux Cananéens. (…) C’est à la fois par idéalisme, par intérêt et par sécurité que les Afrikaners élaborent et maintiennent aussi longtemps le système d’apartheid, qui selon eux, est le seul moyen pour leur permettre non seulement de survivre en tant que groupe ethnique distinct mais aussi pour préserver leurs intérêts de classe au sein du groupe blanc. L’apartheid est ainsi présenté comme un arsenal juridique destiné à assurer la survie du peuple afrikaner comme ethnie particulière mais aussi comme un « instrument de justice et d’égalité qui doit permettre à chacun des peuples qui constituent la société sud-africaine d’accomplir son destin et de s’épanouir en tant que nation distincte ». Ainsi, beaucoup de nationalistes afrikaners pensent sincèrement que l’apartheid ouvrira des carrières et laissera leurs chances aux Noirs, chances qu’ils n’auraient pu saisir s’ils avaient été obligés d’entrer en compétition avec les Blancs au sein d’une société intégrée. Avec la volonté manifeste de revaloriser les différentes ethnies du pays, l’Afrique du Sud est alors l’un des très rares états centralisateurs à prêcher le droit au séparatisme. Cependant, à aucun moment les propres aspirations des peuples noirs d’Afrique du Sud ne sont prises en considération. L’apartheid leur est imposé dans la plus pure tradition du baasskap. (…) À partir des années 1970, les Afrikaners n’ont plus la peur pathologique de perdre leur identité qui s’affirme d’ailleurs au travers de l’État sud-africain, un État militairement fort et économiquement puissant. La discrimination et la ségrégation raciale ne sont plus justifiées en termes idéologiques mais en termes économiques et politiques : la survie du capitalisme et la lutte contre le communisme. L’apartheid finit par représenter l’expression de désirs, d’angoisses et de complexes d’une population blanche, accrochée à une vision de l’histoire qui n’avait plus cours ailleurs depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Source et suite : https://fr.wikipedia.org/wiki/Apartheid

Web du musée de l’apartheid : https://www.apartheidmuseum.org/

Voir en ligne : Source et suite

P.-S.

Musée de l’apartheid à Johannesburg

Si la thématique du musée est assez horrible, voire complètement inhumaine ou barbare, la muséologie est exemplaire. Le visiteur est immédiatement, dès les caisses du musée, mis en situation d’éprouver la séparation, la discrimination, l’affreuse ségrégation dû fait de la couleur de sa peau, de son origine. Ce jeu de rôle introduit habilement le thème et la visite historique relative à la période de l’apartheid en Afrique du sud. On explique après avoir traversé des cages en fer les critères de classement entre Métis, Noirs, Blancs et Asiatiques afin de leur attribuer une carte d’identité. Le fameux test du stylo est explicité : s’il tient dans les cheveux crépus l’individu est classé comme métis, s’il ne tient pas, il est classé comme Blanc.

Le système de ségrégation raciale, en vigueur pendant plus de 50 ans, est montré au travers des photographies, des vidéos, des présentations et des postes interactifs.

Dès l’entrée du musée, la classification raciale est présentée sous la forme de panneaux destinés aux Blancs et aux non Blancs. Le visiteur est plongé au moyen de photos et de vidéos dans une scénographie sobre et violente. On peut mesurer comment l’apartheid installa l’oppression et ses outils, son climat, ses frayeurs, ses cris, ses bruits de rafales. On a l’impression d’un pays en guerre contre une partie de sa population ; des scènes sont saisissantes.

L’histoire des hommes politiques, Jan Smuts et de J.B.M. Hertzog, à l’origine de cette ségrégation raciale est présentée. On peut y étudier des photographies du célèbre photographe Ernest Cole, qui documenta ce qu’était la vie pour les Africains du Sud lors de l’apartheid. Dans le musée, on peut compter 131 cordes suspendues au plafond. Elles représentent les prisonniers politiques exécutés pendant l’apartheid.

Une exposition est consacrée aux émeutes de Soweto de 1976 qui fut un moment crucial dans la lutte pour l’égalité. Des documents permettent d’étudier des personnages clés de la lutte anti-apartheid, dont Stephen Biko. Des vidéos relatent des moments clés de l’histoire de l’Afrique du Sud, dont la libération de Nelson Mandela, dont on peut suivre, dans une autre aile du musée, la vie de Mandela, de ses origines rurales à son élection comme président en 1994.

On peut dire que ce musée est une vraie réussite muséographique sur un thème très délicat où les mots, les images et les symboles s’entremêlent dans une perspective didactique intéressante.

" Ce musée plonge le visiteur dans la machine infernale que fut l’apartheid avec ses inégalités, sa violence et sa répression : une politique coloniale de ségrégation raciale organisée, structurée, institutionnalisée et imposée par des « Blancs » tout au long du 20e s. Le musée relate aussi la ténacité d’hommes, essentiellement des « non-Blancs », qui s’engagèrent dans une lutte mortelle dans l’espoir d’obtenir l’égalité, la justice, la démocratie et des jours meilleurs." Voyages Michelin

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