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Les amitiés masculines, entre virilité et proximité

samedi 15 août 2020, par philzard

« Dès l’enfance, j’ai senti une énorme responsabilité sur mes épaules en tant qu’homme qui m’a terrorisée et me terrorise encore aujourd’hui même si je la gère mieux. J’ai compris que je ne devais pas pleurer, avoir peur, montrer de faiblesses ou de vulnérabilité », raconte Corentin, 26 ans.

Si les injonctions genrées touchent en priorité les femmes, victimes d’un système dans lequel elles sont considérées comme inférieures, les hommes aussi sont tenus de se comporter selon les normes de leur sexe. Ces pressions sociales impactent jusqu’à leurs amitiés les plus proches et modifient leur relation aux autres. La littérature scientifique occidentale tend à montrer que les amitiés entre hommes sont moins intimes que les amitiés entre femmes.

De fait, beaucoup d’hommes hétérosexuels tentent de garder une posture virile dans leurs amitiés et évitent de dévoiler leurs faiblesses.

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D’après le sociologue Kévin Diter, qui a écrit sa thèse sur la socialisation des garçons aux sentiments, ces derniers sont moins entraînés que les filles à verbaliser leurs émotions. Lors des entretiens qu’il a conduits avec des enfants de primaire, ceux des filles duraient en moyenne deux heures trente contre une heure trente pour les garçons. « Dans la définition légitime de l’amitié chez les hommes, le sentiment n’est pas quelque chose qui les concerne. S’ils parlent de leurs émotions et de leurs états d’âme, on peut remettre en cause leur masculinité », explique le chercheur. Alors, pour éviter la condamnation sociale, certains hommes évitent de s’épancher.

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Au sein de la culture populaire où pullulent les figures masculines stéréotypées telles que James Bond, John McClane ou Iron Man ou lors des interactions de tous les jours, les hommes sont en permanence enjoints à être forts et indépendants. « On apprend aux garçons que l’expression des sentiments n’est pas de leur genre, c’est quelque chose qui serait par nature inhérent aux filles. Ceux qui ne maîtrisent pas leurs sentiments, ce sont les bébés ou les filles, ce sont des catégories dévalorisantes », insiste Kévin Diter.

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Cette expression genrée des sentiments poussent les hommes à se tourner vers les femmes en cas de détresse émotionnelle. « Quand je suis bouleversé, peu importe à quel point je suis proche de mes deux meilleurs amis, je préfère appeler une amie pour parler de ma situation », illustre Pietro. Kévin Diter rappelle que chez les enfants, la mère est la première interlocutrice.

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Pourtant, dans beaucoup de milieux, la parole émotionnelle reste l’apanage des femmes au détriment des hommes qui aspirent à partager plus de leur intimité avec leurs amis. Un mécanisme qui se fait aussi au détriment des femmes qui portent, de fait, une plus lourde charge émotionnelle. Ce sont « elles qui ont la charge de la gestion du couple, qui poussent leur compagnon à parler et qui gèrent les émotions des enfants », rappelle le sociologue.

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Difficile d’apprendre aux garçons à s’exprimer quand, de manière générale, leurs pères eux-mêmes ne mettent jamais leurs maux en mots.

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